Une part des salaires dans la VA élevée en 2025 en France

Comparaisons internationales de 30 ans de partage de la valeur ajoutée

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Par
Affiliation
Xavier Timbeau
Publié le

24 octobre 2025

Modifié le

5 janvier 2026

Résumé
On explore différentes façons de calculer la part des salaires dans la valeur ajoutée. Le concept privilégié est celui de la part des salaires corrigés de la non salarisation par le revenu mixte dans la valeur ajoutée nette de la consommation de capital fixe des branches marchandes hors services immobiliers. Il fait apparaître une position singulière de la France où la part des salaires est plus élevé et s’est accrue de façon importante. Le calcul de rendement net d’impôts du capital productif confirme ce diagnostic particulièrement préoccupant pour le tissu productif français. Outre les explications habituelles de la hausse de la part des salaries dans la valeur ajoutée, nous ajoutons l’évaporation de la valeur ajoutée par l’optimisation fiscale. L’ensemble des éléments présentés est reproductible à partir des codes fournis sur le dépôt associé.
Je remercie Elliot Aurissergues, François Geerolf et Eric Heyer pour leurs relectures pertinentes et stimulantes. Elles m’ont amené à aller plus loin dans les concepts et les données. La discussion lors d’un séminaire à l’OFCE avec, entre autres, Guillaume Allègre, Gérard Cornilleau, Eric Dubois, Hélène Périvier et Mathieu Plane a été très utile. La confusion qui subsiste dans le document est de ma seule responsabilité.

1 Du partage de la VA au partage des richesses

L’analyse du partage de la valeur ajoutée (graphique 1) est au cœur des débats sur la redistribution des richesses (voir notamment Hurlin et Portier (1996), Timbeau (2002), Cotis (2009), Husson (2010), Askenazy, Cette et Sylvain (2012), Piton (2019), Pak, Pionnier et Schwellnus (2019), Cette, Koehl et Philippon (2019), Timbeau (2025), Gendre et Thommen (2025)).

Le processus de productif engage d’un côté des travailleurs, qu’ils soient salariés ou non, et des apporteurs de capitaux (ou capitalistes), qu’ils soient investisseurs actionnaires, détenteurs de titres de dette ou prêteurs. La nature des contrats reliant chacun de ces intervenants au partage de la richesse produite est très diverse. Certains sont à la fois travailleurs et actionnaires — un entrepreuneur cumule les deux rôles, D’autres sont dans des positions radicalement différentes, comme entre un programmeur de l’IA ou un trader dont les bonus peuvent être considérables et un agent de maintenance au contrat précaire. Bien que les frontières ne soient pas aussi nettes que ce que l’on peut souhaiter, ce qu’on appelle communément la part des salaires dans la valeur ajoutée est un indicateur central dans la mesure du conflit de répartition entre le travail et le capital, ou plus directement les travailleurs et les capitalistes.

Nous explorons ici la construction de cet indicateur afin qu’il reponde le mieux possible à la question posée, à savoir le confilt de répartition. Cela nous amène à privilégier la part des salaires augmentés de la rémunération des non salariés par leur revenu mixte dans la valeur ajoutée nette de la consommation de capital fixe en se limitant aux branches marchandes hors immobilier.

Il apparaît que la part des salaires dans la valeur ajoutée en France est croissante depuis 30 ans (graphique 1), est la plus haute quand à la compare à 5 grands Etats membre de la zone Euro. Ce résultat contraste avec le consensus qui s’est établit depuis le rapport Cotis (Cotis, 2009) et confirmé récemment par Cette, Koehl et Philippon (2019), Pak, Pionnier et Schwellnus (2019) ou Gendre et Thommen (2025) que la part des salaires en France est constante depuis la fin des années 1980.

Graphique 1: Part des salaires dans la VA

Nous détaillons en les discutant dans la suite de ce document les effets des corrections appliquées et des choix de mesure retenus, ainsi que la différence entre les mesures dérivées des comptes de branche ou des comptes d’agents (ou de secteurs institutionnels), puisque nous nous limitons aux informations de la comptabilité nationale que nous tâchons d’exploiter le plus possible. Nous comparons systématiquement les indicateurs entre pays, au prix d’un échantillon de pays restreints et d’approximations indispensables. Ces éléments mis bout à bout sont un peu fastidieux, mais ils s’avèrent assez importants pour comprendre en quoi on peut préferer une mesure à une autre. Ils vont également à l’encontre de certaines intuitions ou a priori, particulièrement lorsqu’on les compare d’un pays à l’autre.

Nous explorons également les conséquences en matière de taux de profit (part des profits nets dans la valeur ajoutée) ou rendement du capital (profits nets divisés par les actifs), avec là aussi des résultats frappants en ce qui concerne la France.

Le code permettant de reproduire les graphiques et les tableaux est disponible dans un dépôt github afin d’assurer la transparence et la reproductibilité des éléments produits.

1.1 Du bon concept de part des salaires

Trois points sont importants pour disposer du bon concept (voir Reis (2022) pour une revue de littérature sur ce point) :

  • Corriger des non salariés et leur imputer une masse salariale. La correction habituelle consiste à affecter aux non salariés le même salaire que les salariés (généralement de la même branche) ; c’est ainsi que traitent la question Cette, Koehl et Philippon (2019) et Gendre et Thommen (2025). Nous procédons à cette correction (appelée correction par les effectifs) aux 21 branches de la NACE rev. 2 niveau 1 mais nous proposons ici une alternative en utilisant la mesure du revenu mixte (dite correction par le revenu mixte), parce que l’affectation d’un salarie égal aux non salariés et aux salariés par branches conduit à imputer une masse salariale supérieure au revenu mixte des non salariés1, voire de dépasser la valeur ajoutée de la branche. En France, le revenu mixte (des non-salariés) est passé de 30% de la masse salariale (autant pour le ratio des effectifs) au début des années 1970 à un peu moins de 10% (presque 15% pour les effectifs) en 2024. Malheureusement, le revenu mixte par branche n’est pas diffusé systématiquement par les Etats membres de l’UE et nous utilisons une méthode hybride, qui impute suivant les effectifs relatifs de non salariés le revenu mixte agrégé. Ces corrections modifient significativement la part des salaires dans la valeur ajoutée, suivant la méthode, parce que non seulement la part des non salariés et de leur revenu mixte varie dans le temps, de façon différente par un effet de structure (moins d’agriculteurs) et de nature (les non salariés sont moins rémunérés aujourd’hui), de façon différente par pays (graphique 5 et voir l’annexe 4 consacrée à ce point).

  • Limiter l’analyse au champ pertinent. Il est plus simple de calculer la part des salaires au niveau le plus agrégé, mais ce champ inclut les branches non marchandes dans lesquelles la notion de prix et donc de valeur ajoutée est conventionnelle (la valeur ajoutée est estimée au coût des facteurs). Parmi les branches marchandes, la branches des services immobiliers est problématique parce qu’elle prend en compte la valeur ajoutée des ménages au travers des services immobiliers qui sont pour part auto produit (les loyers imputés aux propriétaires) et pour part produits par les ménages pour d’autres ménages (les propriétaires bailleurs). Suivant les pays ou les périodes, le nombre de propriétaires occupants peut être très différent (Cette, Koehl et Philippon (2019) fait ce point). Mais le vrai problème est que le partage de la valeur ajoutée entre salariés et producteur n’a ici pas de sens dans le cas d’un loyer imputé ou d’un propriétaire bailleur et que le niveau de loyer représente plutôt le conflit de répartition d’une ressource plus ou moins rare entre propriétaires et locataires. La consommation de services immobiliers par les ménages représentait en France en 2024 un peu moins de 300 milliards d’euros soit approximativement 18% de la valeur ajoutée brute hors services immobilier. La notion privilégiée est donc celle de partage de la valeur ajoutée dans les branches marchandes hors services immobiliers ou, de façon plus précise, en enlevant de la valeur ajoutée marchande la branche « services immobiliers (L) » (annexe 3, graphique 8). Omettre les services immobiliers pose cependant un problème, parce qu’on exclu de l’analyse les loyers payés par les entreprises pour leurs locaux et constitue bien un élément de coût. La comptabilité nationale n’évalue pas un loyer implicite pour les entreprises – sans doute à raison – ce qui induit un biais spatial et temporel dans les consommations intermédiaires retenues.

  • Utiliser la notion de valeur ajoutée nette (de la consommation de capital fixe (CCF)) plutôt que brute. Rappelons que la valeur ajoutée nette est construite en ôtant de la valeur ajoutée brute la consommation de capital fixe. La CFF est évaluée par des tables de mortalité à l’inventaire permanent des investissements productifs (actifs produits) non financiers (i.e. les investissements physiques mais aussi ceux en logiciels ou en base de données ainsi que les investissements intangibles comme les marques). En traitant les investissements comme une consommation intermédiaire mesurée par leur amortissement physique ou fiscal, on est plus proche de la réalité du processus productif (voir Sicsic (2018)). Lorsque le taux de dépréciation du capital varie, par des changement dans les tables de mortalité, des changements dans la composition du capital ou des changements dans la structure par branche de l’économie, la CCF rapportée à la valeur ajoutée varie et modifie donc la perception des évolutions du partage de la valeur ajoutée. La notion de valeur ajoutée nette est meilleure pour des comparaisons dans l’espace ou dans le temps. Comme pour la correction pour les non salariés, la prise en compte de la valeur ajoutée nette modifie dans le temps et dans l’espace la part des salaires dans la valeur ajoutée (graphique 7). Ce point est signalé par Gendre et Thommen (2025), mais les auteurs ont préféré le concept de valeur ajoutée brute pour des raisons de comparabilité entre études – au détriment de la comparabilité dans le temps et dans l’espace.

1 Merci à E. Aurissergues pour m’avoir pointé cette anomalie.

1.2 Le partage entre travailleurs et capitalistes : une définition

Le concept que nous privilégions, la part des salaires corrigé de la non salarisation par le revenu mixte dans la valeur ajoutée nette des branches marchandes hors services immobiliers, est défini par l’équation ci-après.

Pour chaque branche \(D1_b\) est la masse salariale chargée, \(B1G_b\) la valeur ajoutée brute, \(P51C_b\) la \(CCF_b\), les trois notions en euros aux prix courants et \(ns_b/sal_b\) le ratio revenu mixte à la masse salariale par branche et \(D29-D39\) les autres impôts de production nets de subventions.

La valeur ajoutée est donc aux prix de base, c’est-à-dire net des impôts et subventions à la production ou encore hors taxes, cette notion étant étendue aux autres impôts et subventions. Les branches exclues sont les branches L (services immobiliers) et O (administration publique, défense et sécurité), P (éducation), Q (santé humaine et travail social)2 :

2 Cette, Koehl et Philippon (2019) utilisent une définition plus large des branches non marchande en incluant les branches R, T et U.

\[ s = \frac{ \sum\limits_{b \neq LOPQ} D1_b*(1+ns_b/sal_b) } {\sum\limits_{b \neq LOPQ} B1G_b - P51C_b - (D29_b-D39_b)} \]

Cette définition de la valeur ajoutée, au prix de marché, après impôt et suventions et de la consommation de capital fixe, permet d’analyser le partage entre salariés d’un côté et propriétaires ou financeurs des entreprises, puisque la somme de la part des salaires et de la part des profits nets est égal à 1. D’un côté du partage, on trouve les salariés et les non salariés, une catégorie hétérogène mais dont on retient le trait principal de tirer son revenu de son travail, par différentes formes de contrats, et de l’autre ceux qui financent l’entreprise, c’est-à-dire à la fois les banques, les marchés financiers pour le financement non bancaire et les actionnaires. Il est possible de faire la distinction entre actionnaires et autres financeurs (à travers la dette nette des entreprises et les inétrêts nets versés), mais cette distinction n’est pas robuste pour les branches et est factice (par exemple, le private equity rend difficile l’imputation de la dette).

Pour exclure de ce partage complètement les impôts, il conviendrait de retirer de la valeur ajoutée l’impôt sur les sociétés. C’est en effet, par exemple, une partie de la valeur ajoutée qu’un investisseur étranger ne peut percevoir. En revanche pour un investisseur résident, la taxation des dividendes (via le prélèvement forfaitaire unique, PFU) et la taxation par l’impôt sur les sociétés conduit à un taux marginal (à peu près) comparable à l’impôt sur le revenu et dans ce cas le traitement serait plutôt identique pour les revenus d’activité (soumis à l’IR) et les revenus de la propriétés (IS+PFU). Pour autant, les taux marginals ne sont pas comparables et n’intègrent que partiellement la taxe inflationiste sur la capital détenu ou les gains en plus value, latents jusqu’à leur réalisation, mais qui échappent assez facilement à la taxation (Allègre, Plane et Timbeau, 2012).

En tout état de cause, la comptabilité nationale ne permet pas (encore) de distinguer finement l’impôt sur les sociétés (\(D5\)) par branche et l’imputation à un sous ensemble des branches est périlleux : il y a dans les branches non marchandes ou dans la branche L « services immobiliers » des entités soumises à l’IS et il est difficile de produire un numérateur pertinent incluant \(D51\). Nous avons fait une telle imputation grossièrement graphique 3, qui est à considérer avec prudence.

1.3 La France a une part des salaires au plus haut

La part des salaires dans la valeur ajoutée nette corrigé par le revenu mixte est croissante en France (graphique 1, tableau 1 et tableau 2) (de 5,7 points de 1998 le point bas à 2024, le dernier point non extrapolé) alors qu’elle est stable (Italie) ou décroissante (Espagne, Allemagne, Pays-Bas et Belgique). Elle atteint en France le niveau le plus élevé des pays sélectionnés (87% pour les branches marchandes hors services immobiliers), pour autant que l’on puisse comparer entre pays et ce pour les différents concepts que l’on peut envisager (tableau 1).

Ce résultat contraste avec les évaluations récentes de Cette, Koehl et Philippon (2019) et Gendre et Thommen (2025) qui concluent à une stabilité de la part des salaires dans la valeur ajoutée autour de ce qu’ils concluent être une valeur d’équilibre. Cette (relative) stabilité se retrouve lorsqu’on inclue les services immobiliers et que l’on considère la valeur ajoutée brute plutôt que la valeur ajoutée nette (voir annexe 3).

En revanche, depuis 2018, la part des salaires dans la valeur ajoutée apparaît assez stable en France.

La part des salaires dans la valeur ajoutée est la plus basse aux Pays-Bas, la décroissance des années 1995 à 2008 semblant s’être interrompue après la crise financière. L’Italie affiche une variabilité temporelle importante, avec un pic de la part des salaires dans la valeur ajoutée en 2013 faisant suite à une brusque hausse dès 2008. En Belgique, au contraire, la baisse de la part des salaires coïncide avec la crise financière de 2008.

Tableau 1: Part des salaires en 2024
Correction des non salariés
rev. mixte effectifs sans
part des salaires dans la VA nette
Allemagne 84% (2) 80,7% (2) 74% (2)
France 86,7% (1) 91,1% (1) 80,4% (1)
Italie 74,5% (4) 74% (5) 56% (6)
Espagne 77,5% (3) 74,5% (4) 62,9% (3)
Pays-Bas 69,3% (6) 71,1% (6) 57,4% (5)
Belgique 73,2% (5) 79,2% (3) 62,8% (4)
part des salaires dans la VA brute
Allemagne 70,3% (1) 67,5% (2) 61,9% (2)
France 68,4% (2) 71,9% (1) 63,4% (1)
Italie 61,3% (4) 60,9% (6) 46% (6)
Espagne 64,8% (3) 62,4% (4) 52,7% (3)
Pays-Bas 60,2% (5) 61,8% (5) 49,9% (5)
Belgique 59% (6) 63,9% (3) 50,6% (4)
Note : Part des salaires en 2024 dans les branches marchandes hors services immobiliers pour différentes mesure (VA nette ou brute, correction ou non pour les non salariés. Le rang est indiqué entre paranthèses. Voir annexe 3 pour les autres champs.
Sources : Eurostat, comptes nationaux annuels (nama_10_a64, nama_10_a64_e), INSEE comptes de branches (DD_CNA_BRANCHES).

La séquence allant de la crise sanitaire (2020) à la forte inflation énergétique (2022 à 2024, suite à la hausse des prix de l’énergie consécutive à l’agression de l’Ukraine par la Russie) a eu des effets variables suivant les pays. Dans beaucoup de pays, la part des salaires a augmenté franchement, les salariés ne subissant pas complètement l’effet des mesures de confinement. C’est moins le cas en France et en Belgique, où la socialisation des salaires par l’activité partielle a pu limiter la hausse des coûts salariaux — et avec des comptabilisations sans doute nuancées suivant les pays et les dispositifs. La période d’inflation élevée a fortement réduit la part des salaires en Allemagne, en Italie ou aux Pays-Bas. Dans les autres pays, les salaires semblent s’être ajustés plus vite (voir aussi le graphique 4).

Tableau 2: Evolution de la part des salaires
Part des salaires entre 2024 et 1998
Marchandes hors im. Marchandes Toutes branches
Allemagne −2,9% +2,7% +3,8%
France +5,7% +3,3% +2,6%
Italie +0,8% −0,8% −0,7%
Espagne −1,3% −6,6% −3,6%
Pays-Bas −4,6% −3,4% −2,2%
Belgique −6,6% −6,7% −4,8%
Note : Part des salaires corrigée de la non salarisation par le revenu mixte (hybride hors France) dans la valeur ajoutée nette pour différents champs, conforme au graphique 1.
Sources : Eurostat, comptes nationaux annuels (nama_10_a64, nama_10_a64_e).

Différents éléments théoriques peuvent être avancés, comme les effets du progrès techniques, la combinaison (substitution) du travail et du capital ou la formation des salaires ou des taux d’intérêt (voir encadré 1).

Cette, Koehl et Philippon (2019) proposent une modélisation simple des principaux déterminants du partage de la valeur ajoutée sur la base d’une fonction de production. Reis (2022) étend l’analyse en équilibre néo-keynésien.

Dans ces approches, l’évolution de part des salaires dans la valeur ajoutée dépend de la fonction de production agrégée (ce qui suppose qu’elle existe). Si l’élasticité de substitution entre le capital et la travail est unitaire alors on s’attend à ce que le partage soit indépendant du prix relatif du travail et du capital. La part des salaires est alors uniquement déterminée par la forme de la fonction de production et devrait converger dans tous les pays vers une valeur semblable, par diffusion de la technologie. Une structure de l’économie par branche différente peut cependant se traduire par des parts différentes d’un pays à l’autre.

L’élasticité estimée généralement, au moins à moyen terme, est sensiblement inférieure à 1, en tout cas sur données macroéconomique (Cette, Koehl et Philippon, 2019). Cela implique qu’une hausse du prix du travail relativement par au capital se traduit par une hausse de la part du travail dans la valeur ajoutée – la réciproque étant bien entendu vraie si c’est le capital qui est relativement plus cher. Cela peut conduire à des variations plus persistantes de la part des salaires dans la valeur ajoutée (ce qu’on appelle le wage push), mais ces variations doivent reproduire celles des prix relatifs.

Nous ajoutons un élément d’explication supplémentaire aux variations de la part des salaires dans la valeur ajoutée : l’évaporation de la valeur ajoutée par transfert de celle-ci vers un autre pays ou une autre branche, principalement pour des raisons d’optimisation fiscale. Si le ratio salaire sur VA est employé dans la négociation salariale, il est possible que cette évaporation soit organisée pour l’avantage qu’elle procurerait dans la négociation.

La théorie de la régulation (Boyer et al., 2023 ; Boyer et Saillard, 2002) propose un angle radicalement différent, mais dans lequel la part des salaires (augmentée de la rémunération des non salariés!) dans la valeur ajoutée joue un rôle central et les modes de négociation salarial et des contractualisations de l’activité productive sont au cœur du régime de production.

Graphique 2: Part des salaires dans la VA nette 1995 et 2025